Les
enfants
Art
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Marie Hélène
Vallade-Huet
Sculpteur Plasticienne

N’avez-vous
pas en vous un monde immense ?
Alors
soyez son cri.
Patrice
de La Tour du Pin
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Je modèle
des personnages que je construis par scènes ou thématiques.
Je les monte en colombins, sans armature. J’utilise des grès de
plusieurs couleurs que je cuis à haute température.
Ce qui m’importe est de donner une âme à mes personnages.
Ma démarche est avant tout intuitive, avec deux mouvements internes qui
imprègnent tout mon travail : la nécessité d’exprimer une tension
mêlée à un sentiment de gravité, qui appelle un besoin
d’allègement.
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Figées
comme dans un instantané, elles se donnent d’abord à voir pour finir
par s’imposer à nous, comme les photos d’un album feuilleté, et sur les
pages duquel on s’arrête, en proie aux souvenirs, à la petite robe, ou
au petit chapeau blanc que portait… Comment s’appelaient, au fait, ce
petit enfant, cette jeune fille ? D’où provenait et où allait cette
procession ? Car ces sculptures nous semblent si familières qu’il est
possible qu’on les ait déjà vus ces êtres arrêtés pour le temps d’une
contemplation, au coin de la rue, sur un banc ou au bord de la rivière
un jour d’été, et surpris dans leur rêverie, leurs secrets et leurs
échanges, dans leurs prières ou leurs méditations, et qu’ils soient un
temps les personnages entrevus de nos rêves, elfes à jamais disparus
dans nos souvenirs d’enfance. Contemplés aussi ces groupes hiératiques,
processions vers le sacré, vierges silencieuses et attentives à
l’Annonciation, ces couples posés dans une instantanéité éternelle,
puisqu’ils nous sont donnés à voir aussi longtemps qu’on le souhaite,
comme si nous avions soudain pouvoir à arrêter le temps par notre
contemplation.
On les dirait murmurant
quelque chose à notre égard qui nous est à tout jamais interdit, et qui
nous rend curieux de leurs conciliabules, ces enfants entre soleils et
ombres, quelquefois aussi muets, jaloux soudain, de leurs secrets à
l’approche des Objets Voyeurs Non Identifiés que nous sommes. Le talent
de Marie-Hélène Vallade est justement de leur donner vie : ils ne se
contentent pas de notre regard, ils nous arrêtent, jettent sur nous un
oeil curieux, étonné et plein de questions, comme si nos deux mondes
soudain se conjuguaient dans l’espoir d’une hypothétique communion… Car
tous ces personnages semblent attendre un contact idéal et impossible
avec les humains, et nous, prisonniers de notre chair, avec eux ; Et la
terre — matériau fondamental — dont doivent être conçus les Peuhls,
tellement leur couleur de peau reflète le sol qui les voit naître et
mourir, porte le message que nous sommes poussière, et rend de ce fait
le sculpteur démiurge pour un temps de cette allégorie.
Jean Gelbseiden
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